De Mai 2024, de la fête du Travail et du Muguet
   07/05/2024
De Mai 2024, de la fête du Travail et du Muguet

De Mai 2024, de la fête du Travail et du Muguet

 

 

« Voici le mois de mai où les fleurs volent au vent. » (Air connu). Ce mois de mai chanté par les poètes avec des belles chansons qui vont du « temps du muguet » au « temps des cerises » est marqué par la fin de la lune rousse et les derniers saints de glace, par la fête du travail, mais aussi par celles de l’Ascension et de Pentecôte, qui nous valent des jours fériés et toutes sortes de pont et de congés que nul n’oserait remettre en cause même s’ils sont reliés à des fêtes religieuses ! Cette année les dates de ces jours et fêtes permettent d’obtenir des périodes de repos conséquentes, de détente et de loisirs. Je ne peux m’empêcher de penser à une autre année où quelques-uns de ces jours tombant un dimanche, plus la Pentecôte en juin, les représentants du personnel m’avaient demandé de compenser par des jours de repos supplémentaires. Sans commentaires ! 

Pour les salariés selon le droit du travail et sans entrer dans le détail des conventions collectives, accords d’entreprises et autres évolutions genre RTT, c’est avant le 31 de ce mois qu’il faut solder les jours de congés acquis au titre des mois de travail qui précédent. Je cite ce détail de la référence mai pour les congés payés car je trouve que c’est une curiosité de plus de ce mois qui se termine fin de mois le 26 par la populaire « fête des Mères » qui à elle seule mérite une explication. Ce sera pour une autre fois.  

Mai est le mois de toutes les espérances, en particulier pour du beau temps qui a du mal à venir cette année car nous sommes encore dans la lunaison dite de « Lune Rousse ». 

Ce sera aussi le mois de toutes sortes de promesses et de pugilats vu les élections qui auront lieu en juin, ce qui m’amène à rappeler que c’est au mois de mai qu’on tire l’expression « planter le mai ». Quand il y avait des élections municipales et que les élus l’étaient pour la première fois, ses colistiers venaient planter un arbre en son honneur. C’était souvent l’occasion d’un bon repas ou du moins de boire ensemble un bon verre. L’arbre était généralement un sapin ébranché auquel on ne conservait que la cime. Il était décoré d’un drapeau tricolore, parfois d’une pancarte sur laquelle était écrit : « Honneur à notre élu » C’est une tradition qui se perpétue encore dans nos campagnes. Le fera-t-on à Pont Saint Esprit qui vient d’élire ses nouveaux élus ? Les traditions se perdent. Je ne pense pas qu’on la remette celle-là en vigueur pour les prochaines élections européennes ! 

Une autre très vieille coutume voulait que ce soit le mois où se tenaient les assemblées politiques En réalité, cela se passait d’abord au mois de mars chez les Francs, et les guerriers se réunissaient autour de leur chef, dans un lieu qu’on appelait « le Champ de Mars ». Si le discours des chefs plaisait, les guerriers applaudissaient en frappant sur leurs boucliers avec leurs framées. Sinon ils étouffaient sa voix par des murmures. Les framées ont été remplacées par les vociférations de nos élus dans nos assemblées nationales. Las, ils ne peuvent plus faire claquer leurs pupitres pour couvrir les voix des orateurs mais ils ont su renouveler de façon tragicomique mais parfois inacceptable la façon de dire leurs désaccords. Par contre je préciserai aussi que chez les Francs, il n’était pas question d’absentéisme ! 

Sous Charlemagne, la date de ces assemblées fut repoussée au mois de mai. Les évêques, qui sous Clovis avaient été admis à ces assemblées, prirent bientôt un rôle prépondérant, rejoignant le pouvoir des comtes et seigneurs que le rôle des guerriers s’effaça peu à peu. Ces assemblées disparurent à la fin de l’empire carolingien ; « les champs de mai » furent remplacés par « les Etats Généraux ». On se souvient en particulier de ceux de mai 1302 sous Philippe le Bel et plus généralement de ceux de mai 1789 ! 

A Rome, ce mois était consacré à Malia, ou Maïa, mère de Mercure et déesse de la terre qui nourrit les hommes. On y célébrait la fête des esprits malins. Mai était considéré comme néfaste aux unions et Ovide déconseillait « d’allumer en ce mois les flambeaux de l’hyménée, car ils se changeaient bientôt en torches funestes ». Au Moyen Age, l’auteur du calendrier des laboureurs confirme cette réputation : « Si le commun du peuple dit vrai, mauvaise femme s’épouse en mai ». On dit aussi : « Noces de mai, noces mortelles ».

L’Eglise a fait de ce mois un mois consacré à la Vierge Marie. 

Mai, c’est le Floréal du calendrier républicain. Les Romains célébraient en fin avril et au début mai, la fête de Flore. C’est l’origine de nos « Floralies » et de nos « fêtes des jardins » comme celles organisées en Uzège et dans la région. 

C’est à Uzès, un beau jour de mai 1654, que vit le jour le « roi des triolets » comme le déclarait le célèbre érudit Ménage. Jacques de Ranchin, neveu des Ranchin d’Uzès, vit sortir de l’hôtel d’Aigaliers, Place aux Herbes à Uzès, une jeune créature aux allures de déesse. C’était Sylvie de Rossel, petite fille du propriétaire de l’hôtel.  C’est le « coup de foudre » ! Ébloui par sa beauté il ne la quitte pas de la journée et le soir même il compose pour elle ce fameux poème de huit vers :

 

Le premier jour du mois de Mai

Fut le plus heureux de ma vie.

Je vous vis et je vous aimai,

Le premier jour du mois de Mai.

 

Le beau dessein que je formai !

Si ce dessein vous plait Sylvie,

Le premier jour du mois de Mai,

Fut le plus heureux de ma vie.

 

Le lendemain il alla demander la main de Sylvie, et le 24 mai 1654, bien qu’il soit de mauvais goût de se marier en mai, il l’épousait au temple d’Uzès. Ce furent des noces splendides qui durèrent un mois. Le récit de ces fêtes fastueuses a fait l’objet d’un long récit par la Baronne de Charnisay, Marguerite Verdier de Flauxpublié dans la Cigale Uzégeoise en 1931. 

Au moment où nous entendons toutes sortes d’interprétations, parfois fantaisistes, sur les origines des fêtes du 1er mai, et du muguet, et alors que nous Français, imaginons que nous sommes seuls au monde et que nous avons tout inventé, il me semble de bon ton de rappeler que l’origine du 1er mai se trouve chez nos cousins d’Amérique. 

Au cours du IVe congrès de l’American Federation of Labor, en 1884, les principaux syndicats ouvriers des États-Unis s’étaient donnés deux ans pour imposer aux patrons une limitation de la journée de travail à huit heures. Ils avaient choisi de débuter leur action un 1er mai parce que beaucoup d’entreprises américaines entamaient ce jour-là leur année comptable.

Beaucoup de travailleurs obtiennent immédiatement satisfaction de leur employeur. D'autres, moins chanceux, au nombre d’environ 340.000, doivent faire grève pour forcer leur employeur à céder. Le 3 mai 1886, une manifestation fait trois morts parmi les grévistes de la société McCormick Harvester, à Chicago. Une marche de protestation a lieu le lendemain et dans la soirée, tandis que la manifestation se disperse à Haymarket Square. Il ne reste plus que 200 manifestants face à autant de policiers. C’est alors qu’une bombe explose devant les forces de l’ordre. Elle fait une quinzaine de morts dans les rangs de la police.

Trois syndicalistes sont jugés comme anarchistes et condamnés à la prison à perpétuité. Cinq autres sont pendus le 11 novembre 1886 malgré des preuves incertaines. Sur une stèle du cimetière de Waldheim, à Chicago, sont inscrites les dernières paroles de l’un des condamnés, Augustin Spies : « Le jour viendra où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd’hui»

Trois ans après le drame de Chicago, la IIe Internationale Socialiste réunit à Paris son deuxième congrès, 42, rue Rochechouart, salle des « Fantaisies parisiennes » (quel drôle de rapprochement !), pendant l’Exposition universelle qui commémore le centenaire de la Révolution française.

Les congressistes se donnent pour objectif la journée de huit heures (soit 48 heures hebdomadaires, le dimanche seul étant chômé). Jusque-là, il était habituel de travailler dix ou douze heures par jour (en 1848, en France, un décret réduisant à 10 heures la journée de travail n’a pas résisté plus de quelques mois à la pression patronale).

Le 20 juin 1889, sur une proposition de Raymond Lavigne, ils décident qu’il sera « organisé une grande manifestation à date fixe de manière que dans tous les pays et dans toutes les villes à la fois, le même jour convenu, les travailleurs mettent les pouvoirs publics en demeure de réduire légalement à huit heures la journée de travail et d’appliquer les autres résolutions du congrès. » La première date est fixée au 1er mai 1890.

Le 1er mai 1891, à Fourmies, une petite ville du Nord de la France, la manifestation tourne au drame. La troupe équipée des nouveaux fusils Lebel et Chassepot tire à bout portant sur la foule pacifique des ouvriers. Elle fait dix morts dont 8 de moins de 21 ans. L’une des victimes, l’ouvrière Marie Blondeau, habillée de blanc et les bras couverts de fleurs, devient le symbole de cette journée.

Avec le drame de Fourmies, le 1er mai s’enracine dans la tradition de lutte des ouvriers européens.

Quelques mois plus tard, à Bruxelles, l’Internationale socialiste renouvelle le caractère revendicatif et international du 1ermai. L’horizon paraît s’éclaircir après la première guerre mondiale. Le 23 avril 1919, le Sénat français avait ratifié la journée de huit heures et fait du 1er mai suivant, à titre exceptionnel, une journée chômée. Le traité de paix de Versailles, le 28 juin 1919 fixe dans son article 247, « l’adoption de la journée de huit heures ou de la semaine de quarante-huit heures comme but à atteindre partout où elle n’a pas encore été obtenue ».

Les manifestations du 1er mai ne se cantonnent plus dès lors à la revendication de la journée de 8 heures. Elles deviennent l’occasion de revendications plus diverses. 

La Russie soviétique, sous l’autorité de Lénine, décide en 1920 de faire du 1er mai une journée chômée. Cette initiative est peu à peu imitée par d’autres pays. 

En France, les manifestations du 1er mai 1936 prennent une résonance particulière car elles surviennent deux jours avant le deuxième tour des élections législatives qui vont consacrer la victoire du Front populaire et porter à la tête du gouvernement français le leader socialiste Léon Blum

C’est pendant l’occupation allemande, le 24 avril 1941, sous le régime présidé par le Maréchal Pétain, que le 1er mai est officiellement désigné comme la Fête du Travail et de la Concorde sociale et devient chômé. Cette mesure est destinée à rallier les ouvriers au régime de Vichy. Son initiative revient à René Belin, un ancien dirigeant de l’aile socialiste de la CGT (Confédération Générale du Travail) devenu secrétaire d’État au Travail dans le gouvernement du maréchal Pétain. Déjà une cohabitation ! À cette occasion, la radio officielle ne manquait pas de préciser que le 1er mai coïncidait avec la fête du saint patron du Maréchal, Saint Philippe (aujourd’hui, ce dernier est fêté le 3 mai) ! Dans notre ambiance actuelle il ne semble pas convenable de citer cette origine ! Tant pis. Je le fais !

En avril 1947, la mesure est reprise par le gouvernement issu de la Libération qui fait du 1er mai un jour férié et payé... mais pas pour autant une fête légale. Autrement dit, le 1er mai n’est toujours pas désigné officiellement comme Fête du Travail. Cette appellation n’est que coutumière et en droit du travail, il n’obéit pas à la même réglementation que les autres fêtes légales. 

En 1955, le pape Pie XII institue la fête de saint Joseph artisan, destinée à être célébrée le 1er mai de chaque année.

 

L’origine et la tradition du muguet du premier mai est toute autre et on oublie qu’elle n’a pas toujours été une tradition de la Fête du Travail.  

En France, dès 1890, les manifestants du 1er mai avaient pris l’habitude de défiler en portant à la boutonnière un triangle rouge, pour symboliser la division de la journée en trois parties égales : 8 heures de travail, 8 heures de sommeil, 8 heures de loisirs. Ce principe d’équilibre entre le travail, et le repos ainsi que les loisirs est bien inscrit dans la loi sur les trente-cinq heures !

Le triangle rouge est quelques années plus tard remplacé par la fleur d’églantine. En 1907, à Paris, le muguet, symbole du printemps en Île-de-France, remplace cette dernière, reprenant en cela une tradition instaurée sous Charles IX, qui le 1ermai 1561, ayant reçu un brin de muguet en guise de porte-bonheur, avait décidé d’en offrir chaque année aux dames de la cour. La tradition était née. 

Si on veut être fidèle à l’histoire et au symbolisme du muguet du 1er mai, il faudrait que tout brin ou bouquet de muguet soit accompagné d’un ruban rouge, ou d’une fleur rouge. Demandez donc à votre fleuriste s’il sait pourquoi il propose de nous le vendre sous cette présentation. Ce n’est pas que pour un côté esthétique ! 

La chanson : « Il est revenu le temps du muguet » est associé à ce jour, semble-t-il depuis 1936.

Le muguet, doit son nom au parfum de « muscade ». En ancien français, on écrivait « musgue » ou « musque ». « Mugueter » c’était « conter fleurette », « flirter ». Longtemps furent organisées en Europe des « bals du muguet ». C’était un des seuls bals de l’année où les parents n’avaient pas droit de cité. Ce jour-là les jeunes filles s’habillaient de blanc et les garçons ornaient leur boutonnière d’un brin de muguet. 

Un « muguet » c’était un jeune élégant. Une « muguette » une jeune élégante. Un « muguet » affecte « d’estre propre, paré, mignon auprès des Dames. » Il fait le « muguet ». On dirait aujourd’hui il fait le beau… ou il drague !

Une « muguette » sent bon comme le muguet…

 

Et les saints de Glace dans tout ça ! Tout d’abord ne les cherchez pas sur le calendrier. Mamert Pancrace et Servais, ont été remplacés les 11, 12 et 13 mai, par Estelle, Achille et Rolande. Cette substitution fut décidée après le dernier concile Vatican II lorsqu’on nettoya le calendrier de tous les personnages « douteux » qui avaient souvent donné lieu à des pratiques rituelles peu conformes avec la liturgie et entachées de fond païen.

Mais les supprimer n’a rien changé au temps et aux influences de la lune. Et nous voyons bien que les prévisions météo des prochains jours sont encore bien mauvaises. 

Nous ne serons pas tranquilles tant que la Lune Rousse ne sera pas passée ! Le dicton qui nous incite à la prudence vestimentaire en avril reste en pleine actualité : « En mai fait ce qu’il te plait, en provençal : oou mes de maï faï ce que ti plaï ». On dit aussi : « qui s’alaoujo avant lou mes de maï, segur nuon soou ce que faï « . La Nouvelle Lune c’est le 8 mai…  

Ne nous réjouissons pas trop vite, fatigués que nous sommes du mauvais temps amené par les Cavaliers du Froid ! « Méfiez-vous de saint Mamert, De saint Pancrace et de saint Servais, car ils amènent un temps frais, Et vous auriez regret amer. »

Ces fêtes de saints passées, nous pourrons alors respirer et penser à du meilleur temps à partir du 25 mai, pour la saint Urbain. (Ce n’est pas un vilain jeu de mots qui a fait placer en ce mois la fête du travail…prononcez-le à haute voix !) ) « Que la saint Urbain ne soit passée, Le vigneron n’est pas assuré. »

Déjà, le 14 mai pour la saint Boniface :« Au jour de la saint Boniface, Toute boue s’efface ». 

Et pour la sainte Denise, le 15 mai : « A la sainte Denise, le froid n’en fait plus à sa guise. »

Pour l’Ascension, le 9 mai cette année, pourra-ton dire : « A l’Ascension, dernier frisson. » ?

Nous ne serons vraiment tranquilles qu’après le 25 mai, car : « le vigneron n’est pas assuré que la saint Urbain ne soit passée... »  Et pour nous remettre de toutes les émotions de ce mois de mai, nous aurons la fête de Pentecôte le 19 mai et la Féria de Nîmes ! pour les aficionados… 

A Diou sias !

 

 

                                                                                                                      Jean Cévenne

                                                                                                                      30 avril 2024