CBD en France : l'absurdité d'une interdiction qui enrichit l'étranger
   01/06/2026
CBD en France : l'absurdité d'une interdiction qui enrichit l'étranger

CBD en France : l'absurdité d'une interdiction qui enrichit l'étranger

Depuis le 15 mai 2026, les huiles, tisanes, bonbons et compléments alimentaires à base de CBD sont interdits à la vente en France. Une décision brutale qui anéantit des milliers d'emplois et des centaines d'exploitations agricoles françaises, sans pour autant empêcher les consommateurs de se procurer ces mêmes produits à l'étranger ou sur internet. À se demander à quoi pensent nos dirigeants ?

Le 15 avril 2026, lors d'une réunion avec les représentants de la filière, la Direction générale de l'alimentation (DGAL) annonçait l'application stricte du règlement européen (UE) 2015/2283, dit Novel Food. Délai accordé aux professionnels pour se conformer : huit jours. Le 15 mai, les huiles sublinguales, tisanes, bonbons et compléments alimentaires à base de CBD devaient avoir disparu des rayons. Les 1 500 boutiques spécialisées et les 20 000 pharmacies qui distribuaient ces produits sont désormais sous la menace d'inspections, de saisies et de poursuites pénales.

Derrière ces chiffres se cache une réalité agricole et économique considérable. Le marché français du CBD est évalué à 600 millions d'euros par le cabinet Xerfi, avec un potentiel projeté à 1,5 milliard d'euros. La filière mobilise quelque 2 000 producteurs agricoles et plus de 2 000 boutiques. L'Union des professionnels du CBD (UPCBD) n'a pas mâché ses mots : cette décision « tue une filière agricole et plus de 2 000 boutiques spécialisées qui se trouvent en centre-ville ».

La contradiction saute aux yeux de tout observateur de bonne foi : les produits CBD désormais proscrits en France restent parfaitement légaux et accessibles pour le consommateur français s'il les achète en Suisse, en Autriche, aux Pays-Bas ou sur des sites étrangers. Depuis l'arrêt Kanavape de la Cour de Justice de l'Union Européenne (novembre 2020), il est établi qu'un État membre ne peut interdire la commercialisation d'un produit CBD légalement fabriqué dans un autre pays de l'UE. En clair : un Français peut commander sur un site néerlandais ou suisse l'huile de CBD que son pharmacien du coin n'a plus le droit de vendre.

C'est là toute l'absurdité du dispositif. L'interdiction ne sanctionne que les producteurs et acteurs français de la filière cbd, le consommateur peut continuer à se procurer ces produits sans la moindre difficulté, sans la moindre sécurité sanitaire, puisque les produits importés échappent aux contrôles de la DGAL.

Le paradoxe est d'autant plus cruel que la France est le premier producteur européen de chanvre, avec près de 22 000 hectares cultivés. Des agriculteurs ont investi, restructuré leurs exploitations, formé leurs équipes pour répondre à la demande d'un marché en plein essor,  que l'État vient de saborder. La Confédération paysanne a rappelé avec force un chiffre édifiant : 80 à 85 % du CBD consommé en France est déjà importé. Cette nouvelle interdiction ne viendra qu'aggraver ce déséquilibre, en éliminant les derniers acteurs français qui résistaient encore à la concurrence étrangère. 

La justification avancée par la DGAL repose sur l'application du règlement européen Novel Food, qui soumet à autorisation préalable tout aliment non consommé de manière significative dans l'UE avant le 15 mai 1997. Les extraits de CBD ingérables entreraient dans cette catégorie. Mais ce cadre, conçu pour protéger les consommateurs face aux innovations alimentaires inconnues, semble inadapté à un cannabinoïde dont l'OMS a confirmé dès 2018 qu'il ne présente aucun risque d'abus ni de dépendance et est généralement bien toléré par l'organisme. 

Plus absurde encore : les produits CBD à fumer, les e-liquides pour cigarettes électroniques et les cosmétiques restent, eux, parfaitement autorisés. On interdit donc l'huile de CBD dans une tisane, mais on tolère la même molécule dans une cigarette électronique. 

La France peut continuer à naviguer dans ces contradictions juridiques qui ruinent ses producteurs sans protéger personne. Ou elle peut s'inscrire dans la dynamique européenne et construire un cadre clair dans l’intérêt des consommateurs et des producteurs. Un encadrement rigoureux, traçabilité, taux de THC contrôlé, étiquetage strict, interdiction de vente aux mineurs permettrait à la fois de garantir la sécurité des consommateurs et de soutenir une filière agricole française à fort potentiel.

Face à la crise viticole, et agricole, beaucoup d’agriculteurs s’étaient tournés vers le CBD, qui demande des investissements importants, en temps, argent et compétences. Depuis le 15 Mai, le Chanvre Cévenol a enlevé de son site les huiles et autres compléments alimentaires pour ne garder que les fleurs non transformées. Fleurs produites dans les alentours d’Alès, en bio, dans un cadre familial. 

Le CBD est reconnu pour ses propriétés apaisantes et anti-inflammatoires : il aide à réduire le stress, l'anxiété et les troubles du sommeil. Il soulage également certaines douleurs chroniques et tensions musculaires. Enfin, des études suggèrent un effet bénéfique sur l'épilepsie, au point qu'un médicament à base de CBD (Epidyolex) est autorisé dans plusieurs pays pour traiter certaines formes sévères de la maladie. 

Le chanvrecevenol.fr 

Louis Givelet