La récréation des fileuses
Par Fabienne SARTORI
Dans le jardin de Maison rouge (Musée des vallées cévenoles à Saint-Jean-du-Gard), une inscription près du banc de pierre rappelle la discipline conventuelle à laquelle étaient soumises les fileuses. Un lieu qui a fait surgir et entremêle les réminiscences d’innombrables lectures sur les Cévennes au temps des filatures. Ce texte est extrait d’un recueil « Une saison à la filature » (2024) de Fabienne Sartori.
De quelle étoffe étaient les rêves des fileuses,
Assises sur le muret de pierre à l’ombre ?
Leurs murmures et leurs rires remontent du passé
Sur le banc, elles se poussaient du coude et riaient.
Parmi elles il y en avait bien une qui guettait
À la sortie de l’usine un doux visage
Et chérissait en secret un gars du village,
Un billet doux serré dans le corsage.
Dans les vieux livres, je les ai retrouvées.
Sur la pointe des pieds, je suis venue les écouter.
La contremaîtresse veille sur la discipline.
Loin des réalités d’une pieuse récréation,
Le maître reçoit dans un joli pavillon.
Des bourgeoises fardées, des femmes sibyllines ?
Le mystère règne et la clé du salon de thé
Est réservée à une clientèle de qualité.
De quoi provoquer fous rires et chuchotis,
Égayer les journées d’une grande monotonie.
La filature devient un château ocre et rose
Sans ronces, sans broussailles, ni sortilège.
Mais aucune fée, aucun prince ne les attend
Qui enchanterait la pénombre du couvent.
Apparemment sages et en rang d’oignons,
Elles composent une scène charmante.
On leur donnerait le bon Dieu sans confession.
Mais la cruauté des anges est désarmante. […]
Extrait d’un article du Cévennes Magazine n° 2403 du samedi 1er août 2026 disponible chez votre marchand de journaux ou en commande sur notre site internet.
